A quelle vitesse augmente le nombre de personnes atteintes d’Alzheimer?

Dans son édition du 20 avril 2016, la NZZ écrit que «la fréquence des démences diminue». Pour réjouissante qu’elle sonne, cette information est à consommer avec modération. Il existe certes quelques études qui semblent indiquer que le risque de démence est en baisse. Elles se réfèrent cependant à quelques pays isolés et à des groupes de personnes spécifiques. Il n’est pas possible d’en tirer des conclusions générales, et encore moins des déductions par rapport à la situation en Suisse. Il y a lieu de distinguer entre

  • l’évolution réjouissante dans les pays hautement développés de l’hémisphère Nord où les chances sont meilleures pour les personnes, même très âgées, d’être épargnées par l’Alzheimer et les autres démences, et
  • l’évolution du nombre de malades dans un pays déterminé.

Pour la Suisse, il n’y a à ce jour pas d’études épidémiologiques (complètes) sur la prévalence* des démences. Pour calculer le nombre de personnes atteintes de démence en Suisse, l’Association Alzheimer Suisse s’est fondée sur des méta-analyses d’études européennes et elle a appliqué aux statistiques de la population les taux de prévalence publiés par l’association faîtière internationale Alzheimer’s Disease International. C’est là une méthode parfaitement admise, en épidémiologie aussi, bien qu’elle ne reflète évidemment qu’une approximation de la situation réelle en Suisse. De notre point de vue, il serait prioritaire que des relevés concrets puissent se faire sur la situation en Suisse (selon le modèle des registres des tumeurs déjà existants). C’est là la seule manière permettant de planifier des mesures sérieuses de prévention ainsi que des mesures de santé publique visant à assurer la qualité des services médicaux, infirmiers et sociaux tout au long de la maladie.

On peut parfaitement s’attendre à ce que l’augmentation du nombre de cas ralentisse à l’avenir. Or, il est impossible de répondre correctement, sur la base de résultats d’études isolées, à la question de savoir quelle est l’influence réelle d’un facteur de risque pris séparément et comment les chiffres évolueront à l’avenir. C’est pourquoi le titre «la fréquence des démences diminue» de l’article paru dans la NZZ n’est que partiellement juste.

En tant que directrice de l’Association Alzheimer Suisse, je pense que nous autres qui nous engageons en faveur d’une vie meilleure avec Alzheimer ou une autre démence, nous pouvons tout à fait nous réjouir de ce développement. Mais gardons-nous de céder aux sirènes qui proclament qu’il n’y a «pas de quoi fouetter un chat». Pour l’heure le nombre de cas est toujours à la hausse, et le nombre absolu de personnes atteintes de démence continuera à augmenter par le simple fait de l’évolution démographique. En effet, le facteur de risque le plus important, l’âge, reste inchangé. Il en va de même du défi pour la santé publique que représentent les démences.

* La prévalence renseigne sur le pourcentage de personnes faisant partie d’un groupe déterminé qui sont concernées par une maladie donnée. On part par exemple du principe que 2% des hommes entre 65 et 69 ans sont atteints de démence, alors que pour les hommes de plus de 90 ans cette part est de 30%.

(cf. également le communiqué de presse, Inserme.)

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